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Le prétendu socialisme de Barack Obama (Deuxième partie)

L’accusation de « socialiste » portée au président Barack Obama par la droite conservatrice américaine a pour but d’intoxiquer et de faire peur à l’ensemble de la population américaine dont le cerveau a été lavé par les propagandes anti-socialistes des classes dominantes depuis plusieurs décennies. D’ailleurs, cela commence à porter des fruits puisque l’on observe depuis quelque temps une obsession chez certains journaux et magazines à parler de plus en plus de l’émergence du « socialisme » en Amérique. The « National Review » a titré récemment « Our Socialist Future » and Newsweek « We Are All Socialists Now ». Dans la première partie de cette série, j’ai défini le socialisme et montré en quoi il consiste. J’ai aussi esquissé une très brève présentation de la pensée philosophique, politique et économique de Karl Marx, le plus célèbre socialiste occidental, incontournable dès qu’il s’agit de discuter du socialisme moderne et de la recherche d’une société plus juste dans laquelle les richesses seraient mieux réparties. En tenant compte de ces informations, on peut maintenant discuter de cette accusation de « socialiste » lancée au président Obama.

Cette accusation ne date pas d’aujourd’hui. Elle a déjà fait surface au cours de la campagne présidentielle de l’automne dernier. John McCain et son colistier au poste de vice-président, Sarah Palin, avaient accusé le candidat Obama de vouloir « spread the wealth » (répartir les richesses). Dans le contexte américain, l’accusation de « socialiste » demeure beaucoup plus méchante et plus frappante que la traditionnelle appellation anglo-saxonne de « liberal » qu’il ne faut pas confondre avec le terme apparenté français « libéral » (avec l’accent aigu sur le « e ») désignant un partisan du libéralisme, doctrine économique hostile à l’intervention de l’État dans la vie économique et à son contrôle sur les moyens de production. Dans l’histoire des États-unis, il fut un temps (vers la fin des années 1940 et le début des années 1950) où le sénateur Joseph McCarthy a mené une campagne acharnée contre les citoyens américains suspects, à ses yeux, de sympathies de gauche. L’implosion du communisme soviétique au début des années 1990 et la disparition de la majorité des régimes communistes à travers le monde ont peut-être contribué à réduire la peur associée à ce concept chez les Américains mais quelque chose en demeure du moins chez certains Américains. Dans l’article du New York Times que j’ai cité dans la première partie de cette série et qui s’intitule « Socialism ! Boo, Hiss, Repeat », l’auteur rapporte: « When Representative Mike Pence, Republican of Indiana, denounced « European-style socialism », in his speech at the conference on Thursday, the jeers from the crowd did not exactly signal an openness to debate it on merits » (Quand le député Mike Pence, Républicain de l’Indiana, dénonça un « socialisme style européen » dans son discours à la conférence de jeudi, les huées de la foule étaient loin de constituer une ouverture à débattre des mérites de cette idée) (ma traduction).

Que le grand public américain avale les bobards de la droite conservatrice et semble croire vraiment que la politique menée par le président Obama est une politique socialiste, rien de particulièrement étonnant (même si on le déplore) quand on connaît la propension des Américains en général à avaler tout ce que leur proposent les classes dominantes. Mais ce qui est pire, c’est que certains parmi les politiciens et autres catégories sociales croient vraiment cela, ce qui est totalement absurde. Pour moi, Obama est loin d’être socialiste et sa politique, quand on l’examine, ne ressemble pas du tout à une politique socialiste.

Le plan de relance (stimulus package) de l’économie américaine, base de départ de la critique déployée par la droite conservatrice contre le président, est immense dans son contenu puisqu’il atteint la somme de 787 milliards de dollars. Les adversaires du président critiquent son programme de dépenses publiques et d’aides sociales, les mesures de réductions fiscales, mais surtout ils se lamentent des dimensions qui semblent démesurées de l’État. Pour les conservateurs en effet, plus le rôle de l’État est grand, plus cet État se dirige vers un socialisme. D’autre part, le programme d’aide aux grandes banques en situation de faillite mis en place par le gouvernement est perçu par la droite et certains secteurs comme le premier pas vers des « nationalisations », autre type de mesures que la droite assimile au socialisme. Ces conservateurs passent sous silence le fait que plus de 20 milliards de réductions d’impôts vont aux entreprises en difficulté. La soi-disant politique socialiste que les conservateurs prêtent au gouvernement d’Obama est en réalité solidement attachée à l’économie de marché qui est le pilier du capitalisme. Obama prône la compétition entre les entreprises et ce qu’on a vu jusqu’à présent de sa politique économique s’oppose radicalement à toute économie planifiée ou dirigée qui est la marque des économies socialistes.

Le plan de relance du gouvernement d’Obama, loin de porter la marque d’un quelconque socialisme, est destiné en réalité à sauver l’économie américaine du désastre vers lequel elle court. C’est donc une tentative de récupération du capitalisme qui a brillé par ses excès au cours des deux dernières décennies. Essayer de sauver l’économie américaine équivaut aussi à aider les familles les plus durement affectées par la crise, victimes du chômage, des saisies immobilières, d’absence de couverture sociale…Obama n’a pas le choix. Il lui faut à tout prix sauver le capitalisme et l’économie américaine. Ce n’est pas tout à une émergence du socialisme que nous assistons. L’équipe économique dont Obama s’est entouré n’a absolument rien dans son expérience de réalisations socialistes. Et surtout, les mesures fiscales prises par Obama ne vont pas vers une confiscation de la richesse des Américains les plus fortunés. Rappelons que le plan de relance va accorder plus de 20 milliards de réductions d’impôts à plusieurs entreprises américaines et que 95% de la population américaine devrait profiter des réductions fiscales. Alors, quelle est la vraie nature du gouvernement d’Obama ? C’est ce que nous verrons la semaine prochaine dans une troisième partie.

Contactez Hugues St. Fort à : [email protected]

Haitian Times

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May. 05, 2012

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