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Journalism Haitien au Canada

UN JOURNALISME « AUX ORDRES » : BRÈVE RADIOGRAPHIE DES OBSCURES COMPROMISSIONS DE ‘’MÉDIA MOSAIQUE’’ AU CANADA

Au cours des années 1970, années d’une immense créativité culturelle et intellectuelle au Québec, le linguiste et universitaire haïtien Gérard ÉTIENNE[1] –romancier frondeur de haute parole au talent polyphonique, poète, homme de théâtre, journaliste et communicateur, lui aussi rescapé de l’enfer de Fort-Dimanche et de la sanglante répression de la dictature des Duvalier–, lançait dans le ciel montréalais un OVNI, un roman à l’écriture décapante, brillant d’intelligence et de lucidité et cousu d’une exceptionnelle humanité : « Un ambassadeur macoute à Montréal » (Éditions Nouvelle Optique, Montréal, 1979). Cette fiction romanesque qui, entre autres, auscultait les fonctions d’espionnage et de délation dévolues aux représentations diplomatiques haïtiennes à l’étranger –voir, à ce sujet, « Les dossiers noirs de la police secrète de Jean-Claude Duvalier[2]» joint en PDF à cet article–, tissait fort à propos sa petite musique prémonitoire : il ne fallait plus que la peste duvaliériste de l’espionnage et de la délation hantât les jours et les nuits des montréalais d’origine haïtienne. La thématique de l’espionnage et de la délation sera plus tard mieux élaborée par le romancier visionnaire dans « La Reine Soleil levée » (Éditions Guérin-Littérature, Montréal, 1987; Éditions Métropolis, Genève, 1989). Ah ! La littérature…

La littérature, pour paraphraser mon cousin René DEPESTRE, romancier, poète et essayiste, est aussi l’écho des passions et convulsions de son temps. La presse également, qui exprime en temps réel l’obscur comme la lumière. La presse haïtienne y fait droit depuis fort longtemps dans sa chair et à l’aune de ses journalistes traqués et assassinés, Une presse haïtienne citoyenne, ruche et glaise d’une constante recherche de liberté et de vérité, dont un grand nombre d’artisans de haute qualité, en Haïti et outre-mère –au Nouvelliste, au Matin, à AlterPresse, à Radio Métropole ou à Radio Quisqueya, Radio Solèy et tant d’autres-, peut s’enorgueillir d’avoir contribué à la défaite de la dictature des Duvalier père et fils en 1986…

C’est précisément cette recherche de la liberté de parole sans compromission, cette exigence de la vérité et de l’information objective dont font preuve de nombreux journalistes en Haïti au péril de leur vie qui, aujourd’hui, est assautée et pervertie par l’agence de presse en ligne Média Mosaïque dirigée à Montréal par Donald JEAN. Dans un article mensonger, traficoté, toxique et laudateur, Donald JEAN a osé détourner l’éthique journalistique en publiant un papier d’une exceptionnelle médiocrité et d’une rare outrecuidance : « Un rare consul haïtien “pro et moderne” quitte Montréal [3]» daté du 9 décembre 2011. Il y a là une claire cohérence dans la « rigueur » journalistique de Média Mosaïque, qui a bénéficié, l’« affaire » est attestée, des « largesses patriotiques » du dénommé Pierre-Richard Casimir…

Dans cet article féru de bassesse, Média Mosaïque se fait le seul porte-parole d’une certaine « communauté haïtienne » qui serait « unanime » à saluer le travail de Pierre-Richard Casimir aux commandes du consulat général d’Haïti à Montréal, sans pourtant citer une seule association sérieuse et reconnue, une seule personnalité crédible et représentative de cette communauté. Dans son article mensonger et toxique, Média Mosaïque voudrait faire croire que l’époque de l’espionnage et de la dénonciation des citoyens haïtiens, les « kamoken », critiques des gouvernements en place en Haïti par les petits seigneurs placés dans les missions haïtiennes à l’étranger, était révolue…

Cet article de Média Mosaïque m’interpelle notamment parce que je ne reconnais aucune légitimité intellectuelle ou éthique à Media Mosaïque pour parler en mon nom ou au nom de la communauté haïtienne de Montréal. Mieux : je dispose de preuves documentaires que des activités de délation de citoyens haïtiens mécontents de la médiocre gestion de la crise post-séisme par l’équipe Préval-Bellerive ont bel et bien eu lieu sous la direction de Pierre-Richard Casimir au consulat de Montréal. Média Mosaïque parle-t-il au nom de l’intelligentsia haïtienne de Montréal, de tous ces professionnels haïtiens bien au fait des activités de délation de Pierre-Richard Casimir au gouvernement Préval-Bellerive et qui ont soigneusement évité de fréquenter les locaux du consulat depuis mai 2010 ?

Faut-il rappeler qu’à cette période intense de délation dans la sphère diplomatique haïtienne au Canada, soit entre avril et novembre 2010, Pierre-richard Casimir, toléré par l’ex-ministre des Affaires étrangères d’Haïti, l’erratique Marie-Michèle REY, docteure es-médiocrité de la diplomatie haïtienne, cherchait à bien se faire voir de l’administration Préval/Bellerive, convaincu à ce moment-là que René Préval réussirait à imposer son fantasque poulain Célestin lors des dernières élections ? Les faits nous indiquent bien comment et pourquoi Pierre-Richard Casimir, délateur de premier plan, dans la tradition[4] de Roger Lafontant et de Jean-Marie Chanoine, est capable de retourner sa veste, de passer du camp de Préval au camp du pouvoir actuel par une obscure cooptation sans une étude sérieuse de son dossier professionnel tant la brunache magouille a su porter l’estocade dans le variomètre borgne de l’Exécutif…

De manière objective, et loin des propos élogieux de certains pseudo-journalistes dont l’intégrité se mesure à l’aune d’une ponctuelle subvention, d’un contrat alimentaire ou autres faveurs reçues de Pierre-Richard Casimir, quel est le bilan de ce consul général en matière d’investissements étrangers en Haïti, dans le domaine culturel ou en matière de coopération internationale qui lui vaudrait une « promotion » infligée à l’actuel ministre des Affaires étrangères d’Haïti ? Média Mosaïque doit à ses lecteurs un début de preuve argumentée et documentée à ce chapitre…

Il est scandaleux de vouloir, chez Média Mosaïque, intoxiquer la communauté haïtienne de Montréal et l’actuel Exécutif haïtien à propos de la « performance » de Pierre-Richard Casimir suite au séisme de l’an dernier. Les archives de toute la presse canadienne démentent pareil travestissement de la réalité, version Média Mosaïque. L’élan de solidarité des Canadiens envers Haïti après le séisme du 12 janvier 2010 ne saurait être porté au bilan de Pierre-Richard Casimir. Les Québécois et les Canadiens n’ont pas attendu, pour aider Haïti, les gesticulations dans les médias de Pierre-Richard Casimir dont les « performances » bégayeuses ont fait pâlir de honte les intellectuels et professionnels haïtiens de Montréal.

Tout porte à croire que l’article de Média Mosaïque est une « commande » propagandiste et bassement politicienne de Pierre-Richard Casimir à « son bon ami Donald Jean » et ce ne serait pas la première fois. Média Mosaïque, étranger aux activités culturelles et intellectuelles du Québec moderne comme aux créations culturelles de la communauté haïtienne de Montréal, et engoncé dans son creux refrain sur la « diversité culturelle », est devenu au fil des ans la caisse de résonnance des instances subventionnaires dont le Consulat de Pierre-Richard Casimir… Rien à voir avec le journalisme de qualité, et encore moins avec le journalisme d’enquête… Mais au Québec nous sommes habitués à un journalisme différent, indépendant, où les relations entre politiciens et journalistes ne se nouent pas hors de la frontière de l’éthique. Les journalistes ne se mettent pas à genoux aux ordres de politiciens-imposteurs en quête d’une respectabilité. La déontologie interdit à un journaliste de vendre des articles sous forme de publi-reportage en échange de faveurs d’un politicien. On ne demande pas à un politicien d’acheter de la publicité en échange d’une certaine garantie de non-agression.

Je mets au défi Donald JEAN et Média Mosaïque d’apporter ne serait-ce qu’un début d’attestation documentée et publique des lauriers sans doute grassement rétribués qu’ils infligent aux lecteurs à propos de la performance professionnelle « moderne et pro » de Pierre-Richard Casimir dans les dossiers de la présence haïtienne au Québec, en particulier sur les volets culturels et économique. Les professionnels de l’investigation journalistique auront du mal à trouver un dossier du champ culturel ou, plus essentiel, du champ économique, où Pierre-Richard Casimir a su conduire du début à la fin une démarche concluante et attestée au Québec…

Donald JEAN et Média Mosaïque doivent savoir que nous, professionnels et intellectuels haïtiens du Québec, nous ne saurons tolérer, au Canada, la perduration d’un journalisme « jaune », mercenaire, « aux ordres », caisse de résonnance des politiciens et encore moins d’un journalisme de compromission et laudateur d’individus qui, comme Pierre-Richard Casimir, réactivent la culture de la délation et de l’espionnage.

Au Canada, nous entendons apporter encore une fois notre lucide et franche contribution à la reconstruction de notre pays natal. Mais nous le ferons au périmètre de l’éthique, dans la lumière, loin de cette « culture » de la délation et de l’espionnage, du ‘’siveye rapòte’’, qui a conduit des milliers de nos jeunes dans les cachots et dans les cimetières des Duvalier père et fils. Je le dis tout net, et j’assume : la nomination du délateur Pierre-Richard Casimir au poste de Secrétaire d’État aux Affaires étrangères est vécue, au Canada, comme une honte et une insulte par une bonne partie de l’intelligentsia haïtienne montréalaise bien au fait de ses actions dénonciatrices auprès de l’administration Préval/Bellerive.

L’annonce que ‘’le changement’’ prôné par la Présidence du pays se heurte déjà à la sous-culture de l’incompétence et de l’affairisme : en bout de piste c’est le copinage qui prime. Et le spectre d’une diplomatie à deux vitesses, dont une branche consacrerait l’institutionnalisation de l’espionnage des Haïtiens vivant à l’étranger en raison de leurs divergences d’opinions, comme du temps de la chasse des « kamoken ».

Laurent Lamothe, ministre des Affaires étrangères d’Haïti, s’est sans doute laissé piéger et instrumentaliser par l’arnaque que constitue la nomination au poste de secrétaire d’État aux Affaires étrangères et sans évaluation de sa part, du médiocre bilan de Pierre-Richard Casimir au consulat général d’Haïti à Montréal. Donald JEAN et Média Mosaïque participent de cette arnaque sonnante et trébuchante…

La nomination de Pierre-Richard Casimir aux « affaires » étrangères d’Haïti est une arnaque dont peut se féliciter son officine montréalaise, Média Mosaïque et ses acolytes. Mais qu’on le sache d’évidence, en Haïti et outre-mer, et je le dis haut et fort : cette grotesque arnaque sera vivement et publiquement contrée, et je m’y emploierai à visière levée même si les « chimères » à la solde de Pierre-Richard Casimir croient pouvoir défier la Loi au Canada. La communauté haïtienne du Québec a droit au respect, à la vérité des faits historiques et à la dignité.

Par Robert Berrouët-Oriol

Linguiste-terminologue

Montréal, le 18 décembre 2011

Haitian Times

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The Haitian Times was founded in 1999 as a weekly English language newspaper based in Brooklyn, NY.The newspaper is widely regarded as the most authoritative voice for Haitian Diaspora.
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May. 05, 2012

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