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Explication scientifique ou explication “religieuse” du séisme du 12 janvier ?

Tout le monde a entendu parler de la déclaration avancée par le télévangéliste américain Pat Robertson pour expliquer et justifier le terrible tremblement de terre qui a dévasté la république d’Haïti le 12 janvier 2010. En effet, le pasteur chrétien évangéliste a déclaré sans sourciller que cette tragédie est la conséquence de quelque chose qui s’est passé il y a longtemps en Haïti (« something happened a long time ago in Haïti »). Selon Robertson, ce « quelque chose » consiste en un pacte que les esclaves haïtiens ont signé avec le diable. (« They got together and swore a pact to the devil »). Robertson poursuit: “They said [to the devil} “We will serve you if you will get us free from the French”. And so, the devil said “OK, it’s a deal”. (Ils dirent au diable “Nous vous servirons si vous nous libérez des Français. Alors, le diable répondit « D’accord, marché conclu. »

Quand j’ai lu cette information le 14 janvier sur CNN.com, je n’y ai pas prêté attention, la reléguant aux poubelles de la recherche de la controverse la plus basse du télévangéliste américain qui n’avait pas hésité à déclarer après le passage destructeur de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans en 2005 que c’était Dieu qui infligeait une punition à l’Amérique coupable de pratiquer l’avortement sur une base légale. Dans mon article-réponse à un texte du chroniqueur du New York Times, David Brooks, (lire « Des voix discordantes dans l’élan universel de solidarité avec Haïti » sur The Haitian Times, 26 janvier 2010) qui lui, blâmait les « déficiences » de la culture haïtienne, je n’ai pas tenu compte de l’explication de Pat Robertson.

Je voudrais cependant revenir aujourd’hui sur le cas Robertson non pas parce qu’il y avait quelque parcelle de vérité dans son affirmation mais à cause des effets pervers de la religion dans le raisonnement des Haïtiens en général, englués dans une mentalité religieuse qui les met à la merci des marchands de religion de toutes sortes qui pullulent dans le corps social haïtien. En effet, depuis plusieurs décennies, Haïti est devenue un véritable laboratoire religieux où pointent toutes sortes d’églises (catholiques, protestantes, adventistes, baptistes…). Des sectes tristement célèbres comme celle dénommée Scientologie ont fait leur apparition récemment en grande pompe avec la venue du célèbre acteur américain John Travolta pilotant lui-même son avion. Selon le Haitian Press Network (HPN) du dimanche 31 janvier 2010, sous la signature du journaliste Jonas Laurince, « depuis le séisme du mardi 12 janvier 2010, plusieurs centaines de personnes se sont converties au protestantisme (adventisme, baptisme, méthodisme, pentecôtisme, etc.) ». La majorité des pasteurs de ces églises encouragent les Haïtiens à se repentir et à se consacrer à « Jésus comme Roi d’Haïti » Dans cette ambiance de religiosité surchauffée et puérile, il est tentant pour les illuminés haïtiens de se laisser berner par les déclarations de Robertson ou d’autres du même type. Même avant cette désastreuse catastrophe naturelle du 12 janvier, les populations haïtiennes les plus éprouvées par le chômage et les conditions révoltantes d’existence étaient prises d’assaut par les églises protestantes nord-américaines qui rivalisaient entre elles pour apporter toutes sortes de soutien. Pour ces églises protestantes, le grand responsable de la situation de détresse et d’extrême pauvreté des Haïtiens est le vodou haïtien grand représentant du mal et de Satan. Certains Haïtiens vivant en Haïti n’hésitent pas à fustiger certains de leurs compatriotes qui, selon eux, ont attiré sur Haïti les foudres de la punition divine pour avoir pratiqué trop de maléfices vodou. Donc, se repentir était et est encore le grand pas qu’il fallait accomplir pour pénétrer dans le « royaume de Dieu ». On n’est pas très loin de l’explication de Pat Robertson pour justifier le séisme ravageur.

Face à cette explication « religieuse » du tremblement de terre, il y a heureusement une explication scientifique que toute personne plus ou moins sensée accepte aisément. D’après l’encyclopédie en ligne Wikipedia, « un tremblement de terre résulte de la libération brusque d’énergie accumulée par les contraintes exercées sur les roches. Le résultat de la rupture des roches en surface s’appelle une faille. Le lieu de la rupture des roches en profondeurs se nomme le foyer… Il peut se trouver entre la surface et jusqu’à sept cents kilomètres de profondeur (limite du manteau supérieur) pour les événements les plus profonds. » Toujours selon Wikipedia, il existe trois catégories de tremblements de terre : la secousse plus ou moins violente du sol peut avoir trois origines : ce peut être la rupture d’une faille ou d’un segment de faille (séismes tectoniques) ; ou l’intrusion et dégazage d’un magma (séismes volcaniques) ; ou l’explosion, l’effondrement d’une cavité (séismes d’origine naturelle ou dus à l’activité humaine). En ce qui concerne la zone des Caraïbes, les géologues nous disent qu’elle constitue une zone active de séisme traversée de part en part par des lignes de faille. L’île d’Hispaniola (Haïti et la République dominicaine) possède deux lignes de faille majeures qui sont parallèles. La ligne Enriquillo en Haïti a été le lieu du séisme du 12 janvier mais la ligne Septentrionale au nord de la République dominicaine n’a pas connu de ruptures en 800 ans et pourrait être prête pour un gigantesque séisme.

Dans un article célèbre publié dans le quotidien « Le Matin » en date du 25 septembre 2008 et écrit par le journaliste Phoenix Delacroix, un géologue haïtien, Patrick Charles, ancien professeur à l’Institut de Géologie appliquée de la Havane, avait déclaré « Toutes les conditions sont réunies pour qu’un séisme majeur se produise à Port-au-Prince …Une grande catastrophe plane sur nos têtes »… Voici comment le géologue explique ses prédictions : « Port-au-Prince est construite sur une grande faille qui part de Pétionville, traverse toute la presqu’île du Sud, pour aboutir à Tiburon….Deux grandes failles traversent le pays. L’une au niveau de la région septentrionale et l’autre au niveau de la presqu’île du Sud. Tous nos départements, hormis le Centre, sont exposés au séisme et au tsunami… La quantité d’énergie accumulée entre les failles nous fait courir le risque d’un séisme de 7,2 d’amplitude sur l’échelle de Richter… »

Dans ces conditions, il est clair que l’explication scientifique est d’une fiabilité et d’une précision remarquables, tout à fait incomparable à la confusion totale des explications religieuses. Une fois de plus, on voit qu’on ne peut en aucune manière comparer la science et la religion car cette dernière est incapable d’expliquer. Alors qu’il revient à la science de nous faire comprendre la nature d’un événement, de nous expliquer pourquoi il se produit de telle façon ou de telle autre. Le géologue Patrick Charles est allé jusqu’à prédire l’amplitude du séisme sur l’échelle de Richter. Ce qui est tout à fait remarquable !

Quelles conclusions peut-on tirer de ces deux types d’explications ? D’abord, à ceux et celles qui en douteraient encore : nous devons nous débarrasser de notre mentalité religieuse ou magique pour expliquer les phénomènes naturels ou sociaux ; ensuite, nous sommes responsables des actes que nous posons en société et qui nous rendent en dernière analyse les maîtres de notre destin. A cause de son ampleur, le séisme ne pouvait pas être évité mais il aurait pu être moins dévastateur si les autorités haïtiennes avaient exercé leur responsabilité en prenant des mesures efficaces contre les conséquences de la corruption exceptionnelle qui sévit dans toutes les couches de la société haïtienne, en se mettant à la hauteur de leur condition d’hommes d’État qui savent qu’ils doivent gérer une nation et qu’ils devront rendre des comptes. Pendant ces soixante dernières années, l’État haïtien s’est révélé notoirement indifférent aux besoins des citoyens haïtiens. Les grandes questions qui se posent maintenant sont : est-ce que les autorités haïtiennes comptent retourner au statut quo d’avant le 12 janvier dans la gestion de l’État haïtien ? Qui peut les empêcher ? Comment les empêcher ?

Contacter Hugues Saint-Fort à : [email protected]

Haitian Times

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The Haitian Times was founded in 1999 as a weekly English language newspaper based in Brooklyn, NY.The newspaper is widely regarded as the most authoritative voice for Haitian Diaspora.
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May. 05, 2012

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