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Aspects du cauchemar haïtien

J’appelle cauchemar haïtien la réalité du monde physique haïtien actuel qui est épouvantable dans ce qu’il montre d’immeubles et de maisons réduits en ruines, de cadavres alignés le long de trottoirs fumants de poussière, le tout dans une odeur de mort et d’excréments insupportable. Le séisme qui a dévasté Haïti mardi dernier 12 janvier détruisant au moins la moitié des édifices publics de l’État haïtien ainsi qu’un nombre incalculable de maisons privées, et tuant des dizaines de milliers de personnes a mis à nu le réseau de contradictions nationales et internationales dans lesquelles l’État haïtien est enserré. Ce texte a pour objectif de montrer ces contradictions par l’analyse de Aspects du cauchemar haïtien

Par Hugues St. Fort

J’appelle cauchemar haïtien la réalité du monde physique haïtien actuel qui est épouvantable dans ce qu’il montre d’immeubles et de maisons réduits en ruines, de cadavres alignés le long de trottoirs fumants de poussière, le tout dans une odeur de mort et d’excréments insupportable. Le séisme qui a dévasté Haïti mardi dernier 12 janvier détruisant au moins la moitié des édifices publics de l’État haïtien ainsi qu’un nombre incalculable de maisons privées, et tuant des dizaines de milliers de personnes a mis à nu le réseau de contradictions nationales et internationales dans lesquelles l’État haïtien est enserré. Ce texte a pour objectif de montrer ces contradictions par l’analyse de divers aspects du cauchemar haïtien : les aspects humanitaires, politiques et philosophiques.

On a dit que l’ampleur de ce tremblement de terre dépasse tout ce qu’on a vu dans les Caraïbes au cours de ces vingt dernières années. L’État haïtien et la majorité des organisations de toutes sortes qui opèrent en Haïti actuellement estiment que, au moins entre 40.000 et 50.000 personnes ont péri au cours du séisme, près de 2 millions de gens sont directement affectés par le tremblement de terre et des centaines de milliers sont absolument sans abri. Toutes ces données concernent seulement la ville de Port-au-Prince car on sait très peu pour l’instant de la situation qui prévaut dans certaines villes haïtiennes telles Léôgane, qu’on pense être l’épicentre du séisme, et de Petit-Goave, ou Grand-Goave, villes qui ne sont pas trop éloignées de Léôgane ou d’autres villes du Sud d’Haïti telles Jacmel, Les Cayes, Jérémie…etc.

Donc, sur le plan strictement humanitaire, Haïti est un désastre total. Mais il est salutaire que le monde entier a répondu en masse à la catastrophe haïtienne. Les sportifs de haut niveau (Roger Federer, Tiger Wood, …etc), les grands noms du show-biz, certaines compagnies multinationales, beaucoup de pays développés et en voie de développement (Le Sénégal a même offert une partie de son territoire pour reloger des Haïtiens qui seraient intéressés à retourner vivre sur la terre ancestrale), ont tous proposé leur aide qui, dans certains cas, sont déjà arrivés en Haïti. Malheureusement, dans l’énorme majorité des cas, les efforts de l’aide internationale se sont heurtés à un mélange explosif : l’orgueil d’une hyper puissance face à la sensibilité d’autres nations qui veulent que leurs rôles soient tout aussi bien appréciés que celui de l’hyper puissance. Le Secrétaire d’État français à la Coopération, M. Alain Joyandet, furieux que les autorités américaines aient refoulé vendredi dernier un avion français qui avait à son bord un hôpital de campagne pourvu de tous les moyens techniques pour traiter les blessés, a protesté auprès de l’ambassadeur américain M. Kenneth Merten. Joyandet a été désavoué officiellement par ses supérieurs hiérarchiques au Quai d’Orsay. Ce qui est révélateur de ce qu’on savait déjà : le gouvernement de Nicolas Sarkozy n’acceptera pas de ruiner les bonnes relations qu’il entretient désormais avec le gouvernement de Barack Obama à cause de Haïti. Cependant, la France n’est pas le seul pays de la coalition de sauvetage d’Haïti qui se plaigne de l’absence de coopération de la part des autorités américaines. Le Brésil et même le Canada sont parmi les pays qui élèvent la voix. En fait, le grand perdant dans cet affrontement qui, vu les enjeux, peut paraître ridicule, se trouve être les victimes haïtiennes. Les blessés haïtiens se comptent par dizaines de milliers qui vivent dans des conditions extrêmement précaires et pour qui chaque seconde compte.

A la décharge des Américains, il faut dire que c’est le gouvernement haïtien (du moins ce qui en reste) qui leur a remis le commandement des tours de contrôle de l’aéroport Toussaint Louverture sévèrement endommagé, et privé de techniciens tous morts sauf deux d’entre eux. La piste d’atterrissage trop étroite représentait un danger pour les gros porteurs et il a fallu un commandement unique vraiment compétent pour superviser les opérations d’atterrissage et de décollage.

En tant qu’Haïtien douloureusement affecté par les pertes en vie humaine de milliers de mes compatriotes, je ne peux en aucune façon refuser l’aide apportée par les Américains, mais je dois dire ceci : Les États-unis (je devrais dire une partie de la classe politique américaine) ont toujours défendu leurs propres intérêts aux dépens des intérêts haïtiens qui ne menaçaient en aucune façon les leurs et ils ne se sont pas soucié vraiment du bien-être des Haïtiens tout au long du 20ème siècle. Ils ont maintenu au pouvoir la dictature des Duvalier pendant près de 30 ans (sous prétexte de guerre froide et de lutte anti-communiste), forcé les différents gouvernements haïtiens à adopter des politiques économiques contraires aux intérêts économiques de la société haïtienne, imposé des prêts destructeurs de l’économie haïtienne qui a été finalement ruinée.

Apparemment, les Américains vont peut-être rester en Haïti pendant les prochaines 3 ou 4 années et je vois mal la majorité des Haïtiens crier à l’impérialisme quand on voit ce que j’appelle le cauchemar haïtien à l’œuvre à Port-au-Prince et dans certaines villes de province. On devra donc se poser certaines questions fondamentales mais c’est nous Haïtiens qui devrons trouver les réponses à ces questions : à la fin de leur séjour en Haïti, qu’est-ce que les Américains auront apporté à Haïti ? Verrons-nous des Aspects du cauchemar haïtien

Par Hugues St. Fort

J’appelle cauchemar haïtien la réalité du monde physique haïtien actuel qui est épouvantable dans ce qu’il montre d’immeubles et de maisons réduits en ruines, de cadavres alignés le long de trottoirs fumants de poussière, le tout dans une odeur de mort et d’excréments insupportable. Le séisme qui a dévasté Haïti mardi dernier 12 janvier détruisant au moins la moitié des édifices publics de l’État haïtien ainsi qu’un nombre incalculable de maisons privées, et tuant des dizaines de milliers de personnes a mis à nu le réseau de contradictions nationales et internationales dans lesquelles l’État haïtien est enserré. Ce texte a pour objectif de montrer ces contradictions par l’analyse de divers aspects du cauchemar haïtien : les aspects humanitaires, politiques et philosophiques.

On a dit que l’ampleur de ce tremblement de terre dépasse tout ce qu’on a vu dans les Caraïbes au cours de ces vingt dernières années. L’État haïtien et la majorité des organisations de toutes sortes qui opèrent en Haïti actuellement estiment que, au moins entre 40.000 et 50.000 personnes ont péri au cours du séisme, près de 2 millions de gens sont directement affectés par le tremblement de terre et des centaines de milliers sont absolument sans abri. Toutes ces données concernent seulement la ville de Port-au-Prince car on sait très peu pour l’instant de la situation qui prévaut dans certaines villes haïtiennes telles Léôgane, qu’on pense être l’épicentre du séisme, et de Petit-Goave, ou Grand-Goave, villes qui ne sont pas trop éloignées de Léôgane ou d’autres villes du Sud d’Haïti telles Jacmel, Les Cayes, Jérémie…etc.

Donc, sur le plan strictement humanitaire, Haïti est un désastre total. Mais il est salutaire que le monde entier a répondu en masse à la catastrophe haïtienne. Les sportifs de haut niveau (Roger Federer, Tiger Wood, …etc), les grands noms du show-biz, certaines compagnies multinationales, beaucoup de pays développés et en voie de développement (Le Sénégal a même offert une partie de son territoire pour reloger des Haïtiens qui seraient intéressés à retourner vivre sur la terre ancestrale), ont tous proposé leur aide qui, dans certains cas, sont déjà arrivés en Haïti. Malheureusement, dans l’énorme majorité des cas, les efforts de l’aide internationale se sont heurtés à un mélange explosif : l’orgueil d’une hyper puissance face à la sensibilité d’autres nations qui veulent que leurs rôles soient tout aussi bien appréciés que celui de l’hyper puissance. Le Secrétaire d’État français à la Coopération, M. Alain Joyandet, furieux que les autorités américaines aient refoulé vendredi dernier un avion français qui avait à son bord un hôpital de campagne pourvu de tous les moyens techniques pour traiter les blessés, a protesté auprès de l’ambassadeur américain M. Kenneth Merten. Joyandet a été désavoué officiellement par ses supérieurs hiérarchiques au Quai d’Orsay. Ce qui est révélateur de ce qu’on savait déjà : le gouvernement de Nicolas Sarkozy n’acceptera pas de ruiner les bonnes relations qu’il entretient désormais avec le gouvernement de Barack Obama à cause de Haïti. Cependant, la France n’est pas le seul pays de la coalition de sauvetage d’Haïti qui se plaigne de l’absence de coopération de la part des autorités américaines. Le Brésil et même le Canada sont parmi les pays qui élèvent la voix. En fait, le grand perdant dans cet affrontement qui, vu les enjeux, peut paraître ridicule, se trouve être les victimes haïtiennes. Les blessés haïtiens se comptent par dizaines de milliers qui vivent dans des conditions extrêmement précaires et pour qui chaque seconde compte.

A la décharge des Américains, il faut dire que c’est le gouvernement haïtien (du moins ce qui en reste) qui leur a remis le commandement des tours de contrôle de l’aéroport Toussaint Louverture sévèrement endommagé, et privé de techniciens tous morts sauf deux d’entre eux. La piste d’atterrissage trop étroite représentait un danger pour les gros porteurs et il a fallu un commandement unique vraiment compétent pour superviser les opérations d’atterrissage et de décollage.

En tant qu’Haïtien douloureusement affecté par les pertes en vie humaine de milliers de mes compatriotes, je ne peux en aucune façon refuser l’aide apportée par les Américains, mais je dois dire ceci : Les États-unis (je devrais dire une partie de la classe politique américaine) ont toujours défendu leurs propres intérêts aux dépens des intérêts haïtiens qui ne menaçaient en aucune façon les leurs et ils ne se sont pas soucié vraiment du bien-être des Haïtiens tout au long du 20ème siècle. Ils ont maintenu au pouvoir la dictature des Duvalier pendant près de 30 ans (sous prétexte de guerre froide et de lutte anti-communiste), forcé les différents gouvernements haïtiens à adopter des politiques économiques contraires aux intérêts économiques de la société haïtienne, imposé des prêts destructeurs de l’économie haïtienne qui a été finalement ruinée.

Apparemment, les Américains vont peut-être rester en Haïti pendant les prochaines 3 ou 4 années et je vois mal la majorité des Haïtiens crier à l’impérialisme quand on voit ce que j’appelle le cauchemar haïtien à l’œuvre à Port-au-Prince et dans certaines villes de province. On devra donc se poser certaines questions fondamentales mais c’est nous Haïtiens qui devrons trouver les réponses à ces questions : à la fin de leur séjour en Haïti, qu’est-ce que les Américains auront Aspects du cauchemar haïtien

Par Hugues St. Fort

J’appelle cauchemar haïtien la réalité du monde physique haïtien actuel qui est épouvantable dans ce qu’il montre d’immeubles et de maisons réduits en ruines, de cadavres alignés le long de trottoirs fumants de poussière, le tout dans une odeur de mort et d’excréments insupportable. Le séisme qui a dévasté Haïti mardi dernier 12 janvier détruisant au moins la moitié des édifices publics de l’État haïtien ainsi qu’un nombre incalculable de maisons privées, et tuant des dizaines de milliers de personnes a mis à nu le réseau de contradictions nationales et internationales dans lesquelles l’État haïtien est enserré. Ce texte a pour objectif de montrer ces contradictions par l’analyse de divers aspects du cauchemar haïtien : les aspects humanitaires, politiques et philosophiques.

On a dit que l’ampleur de ce tremblement de terre dépasse tout ce qu’on a vu dans les Caraïbes au cours de ces vingt dernières années. L’État haïtien et la majorité des organisations de toutes sortes qui opèrent en Haïti actuellement estiment que, au moins entre 40.000 et 50.000 personnes ont péri au cours du séisme, près de 2 millions de gens sont directement affectés par le tremblement de terre et des centaines de milliers sont absolument sans abri. Toutes ces données concernent seulement la ville de Port-au-Prince car on sait très peu pour l’instant de la situation qui prévaut dans certaines villes haïtiennes telles Léôgane, qu’on pense être l’épicentre du séisme, et de Petit-Goave, ou Grand-Goave, villes qui ne sont pas trop éloignées de Léôgane ou d’autres villes du Sud d’Haïti telles Jacmel, Les Cayes, Jérémie…etc.

Donc, sur le plan strictement humanitaire, Haïti est un désastre total. Mais il est salutaire que le monde entier a répondu en masse à la catastrophe haïtienne. Les sportifs de haut niveau (Roger Federer, Tiger Wood, …etc), les grands noms du show-biz, certaines compagnies multinationales, beaucoup de pays développés et en voie de développement (Le Sénégal a même offert une partie de son territoire pour reloger des Haïtiens qui seraient intéressés à retourner vivre sur la terre ancestrale), ont tous proposé leur aide qui, dans certains cas, sont déjà arrivés en Haïti. Malheureusement, dans l’énorme majorité des cas, les efforts de l’aide internationale se sont heurtés à un mélange explosif : l’orgueil d’une hyper puissance face à la sensibilité d’autres nations qui veulent que leurs rôles soient tout aussi bien appréciés que celui de l’hyper puissance. Le Secrétaire d’État français à la Coopération, M. Alain Joyandet, furieux que les autorités américaines aient refoulé vendredi dernier un avion français qui avait à son bord un hôpital de campagne pourvu de tous les moyens techniques pour traiter les blessés, a protesté auprès de l’ambassadeur américain M. Kenneth Merten. Joyandet a été désavoué officiellement par ses supérieurs hiérarchiques au Quai d’Orsay. Ce qui est révélateur de ce qu’on savait déjà : le gouvernement de Nicolas Sarkozy n’acceptera pas de ruiner les bonnes relations qu’il entretient désormais avec le gouvernement de Barack Obama à cause de Haïti. Cependant, la France n’est pas le seul pays de la coalition de sauvetage d’Haïti qui se plaigne de l’absence de coopération de la part des autorités américaines. Le Brésil et même le Canada sont parmi les pays qui élèvent la voix. En fait, le grand perdant dans cet affrontement qui, vu les enjeux, peut paraître ridicule, se trouve être les victimes haïtiennes. Les blessés haïtiens se comptent par dizaines de milliers qui vivent dans des conditions extrêmement précaires et pour qui chaque seconde compte.

A la décharge des Américains, il faut dire que c’est le gouvernement haïtien (du moins ce qui en reste) qui leur a remis le commandement des tours de contrôle de l’aéroport Toussaint Louverture sévèrement endommagé, et privé de techniciens tous morts sauf deux d’entre eux. La piste d’atterrissage trop étroite représentait un danger pour les gros porteurs et il a fallu un commandement unique vraiment compétent pour superviser les opérations d’atterrissage et de décollage.

En tant qu’Haïtien douloureusement affecté par les pertes en vie humaine de milliers de mes compatriotes, je ne peux en aucune façon refuser l’aide apportée par les Américains, mais je dois dire ceci : Les États-unis (je devrais dire une partie de la classe politique américaine) ont toujours défendu leurs propres intérêts aux dépens des intérêts haïtiens qui ne menaçaient en aucune façon les leurs et ils ne se sont pas soucié vraiment du bien-être des Haïtiens tout au long du 20ème siècle. Ils ont maintenu au pouvoir la dictature des Duvalier pendant près de 30 ans (sous prétexte de guerre froide et de lutte anti-communiste), forcé les différents gouvernements haïtiens à adopter des politiques économiques contraires aux intérêts économiques de la société haïtienne, imposé des prêts destructeurs de l’économie haïtienne qui a été finalement ruinée.

Apparemment, les Américains vont peut-être rester en Haïti pendant les prochaines 3 ou 4 années et je vois mal la majorité des Haïtiens crier à l’impérialisme quand on voit ce que j’appelle le cauchemar haïtien à l’œuvre à Port-au-Prince et dans certaines villes de province. On devra donc se poser certaines questions fondamentales mais c’est nous Haïtiens qui devrons trouver les réponses à ces questions : à la fin de leur séjour en Haïti, qu’est-ce que les Américains auront apporté à Haïti ? Verrons-nous des infrastructures nouvelles, modernes, efficaces ? Auront-ils résolu le formidable problème des logements ? La reconstruction se fera-t-elle dans le respect des normes de construction anti-sismiques ? Créeront-ils des services de santé capables d’améliorer le déficit béant de la santé en Haïti ? Pourrons-nous faire reculer la culture de la corruption qui ronge la société haïtienne depuis l’Indépendance ? Comment se fera la gestion des complexes problèmes du système éducatif haïtien ? Mais par-dessus tout, il nous faudra négocier une date butoir de leur départ.

(à suivre)

Contactez Hugues Saint-Fort à : [email protected] apporté à Haïti ? Verrons-nous des infrastructures nouvelles, modernes, efficaces ? Auront-ils résolu le formidable problème des logements ? La reconstruction se fera-t-elle dans le respect des normes de construction anti-sismiques ? Créeront-ils des services de santé capables d’améliorer le déficit béant de la santé en Haïti ? Pourrons-nous faire reculer la culture de la corruption qui ronge la société haïtienne depuis l’Indépendance ? Comment se fera la gestion des complexes problèmes du système éducatif haïtien ? Mais par-dessus tout, il nous faudra négocier une date butoir de leur départ.

(à suivre) infrastructures nouvelles, modernes, efficaces ? Auront-ils résolu le formidable problème des logements ? La reconstruction se fera-t-elle dans le respect des normes de construction anti-sismiques ? Créeront-ils des services de santé capables d’améliorer le déficit béant de la santé en Haïti ? Pourrons-nous faire reculer la culture de la corruption qui ronge la société haïtienne depuis l’Indépendance ? Comment se fera la gestion des complexes problèmes du système éducatif haïtien ? Mais par-dessus tout, il nous faudra négocier une date butoir de leur départ.

(à suivre) divers aspects du cauchemar haïtien : les aspects humanitaires, politiques et philosophiques.

On a dit que l’ampleur de ce tremblement de terre dépasse tout ce qu’on a vu dans les Caraïbes au cours de ces vingt dernières années. L’État haïtien et la majorité des organisations de toutes sortes qui opèrent en Haïti actuellement estiment que, au moins entre 40.000 et 50.000 personnes ont péri au cours du séisme, près de 2 millions de gens sont directement affectés par le tremblement de terre et des centaines de milliers sont absolument sans abri. Toutes ces données concernent seulement la ville de Port-au-Prince car on sait très peu pour l’instant de la situation qui prévaut dans certaines villes haïtiennes telles Léôgane, qu’on pense être l’épicentre du séisme, et de Petit-Goave, ou Grand-Goave, villes qui ne sont pas trop éloignées de Léôgane ou d’autres villes du Sud d’Haïti telles Jacmel, Les Cayes, Jérémie…etc.

Donc, sur le plan strictement humanitaire, Haïti est un désastre total. Mais il est salutaire que le monde entier a répondu en masse à la catastrophe haïtienne. Les sportifs de haut niveau (Roger Federer, Tiger Wood, …etc), les grands noms du show-biz, certaines compagnies multinationales, beaucoup de pays développés et en voie de développement (Le Sénégal a même offert une partie de son territoire pour reloger des Haïtiens qui seraient intéressés à retourner vivre sur la terre ancestrale), ont tous proposé leur aide qui, dans certains cas, sont déjà arrivés en Haïti. Malheureusement, dans l’énorme majorité des cas, les efforts de l’aide internationale se sont heurtés à un mélange explosif : l’orgueil d’une hyper puissance face à la sensibilité d’autres nations qui veulent que leurs rôles soient tout aussi bien appréciés que celui de l’hyper puissance. Le Secrétaire d’État français à la Coopération, M. Alain Joyandet, furieux que les autorités américaines aient refoulé vendredi dernier un avion français qui avait à son bord un hôpital de campagne pourvu de tous les moyens techniques pour traiter les blessés, a protesté auprès de l’ambassadeur américain M. Kenneth Merten. Joyandet a été désavoué officiellement par ses supérieurs hiérarchiques au Quai d’Orsay. Ce qui est révélateur de ce qu’on savait déjà : le gouvernement de Nicolas Sarkozy n’acceptera pas de ruiner les bonnes relations qu’il entretient désormais avec le gouvernement de Barack Obama à cause de Haïti. Cependant, la France n’est pas le seul pays de la coalition de sauvetage d’Haïti qui se plaigne de l’absence de coopération de la part des autorités américaines. Le Brésil et même le Canada sont parmi les pays qui élèvent la voix. En fait, le grand perdant dans cet affrontement qui, vu les enjeux, peut paraître ridicule, se trouve être les victimes haïtiennes. Les blessés haïtiens se comptent par dizaines de milliers qui vivent dans des conditions extrêmement précaires et pour qui chaque seconde compte.

A la décharge des Américains, il faut dire que c’est le gouvernement haïtien (du moins ce qui en reste) qui leur a remis le commandement des tours de contrôle de l’aéroport Toussaint Louverture sévèrement endommagé, et privé de techniciens tous morts sauf deux d’entre eux. La piste d’atterrissage trop étroite représentait un danger pour les gros porteurs et il a fallu un commandement unique vraiment compétent pour superviser les opérations d’atterrissage et de décollage.

En tant qu’Haïtien douloureusement affecté par les pertes en vie humaine de milliers de mes compatriotes, je ne peux en aucune façon refuser l’aide apportée par les Américains, mais je dois dire ceci : Les États-unis (je devrais dire une partie de la classe politique américaine) ont toujours défendu leurs propres intérêts aux dépens des intérêts haïtiens qui ne menaçaient en aucune façon les leurs et ils ne se sont pas soucié vraiment du bien-être des Haïtiens tout au long du 20ème siècle. Ils ont maintenu au pouvoir la dictature des Duvalier pendant près de 30 ans (sous prétexte de guerre froide et de lutte anti-communiste), forcé les différents gouvernements haïtiens à adopter des politiques économiques contraires aux intérêts économiques de la société haïtienne, imposé des prêts destructeurs de l’économie haïtienne qui a été finalement ruinée.

Apparemment, les Américains vont peut-être rester en Haïti pendant les prochaines 3 ou 4 années et je vois mal la majorité des Haïtiens crier à l’impérialisme quand on voit ce que j’appelle le cauchemar haïtien à l’œuvre à Port-au-Prince et dans certaines villes de province. On devra donc se poser certaines questions fondamentales mais c’est nous Haïtiens qui devrons trouver les réponses à ces questions : à la fin de leur séjour en Haïti, qu’est-ce que les Américains auront apporté à Haïti ? Verrons-nous des infrastructures nouvelles, modernes, efficaces ? Auront-ils résolu le formidable problème des logements ? La reconstruction se fera-t-elle dans le respect des normes de construction anti-sismiques ? Créeront-ils des services de santé capables d’améliorer le déficit béant de la santé en Haïti ? Pourrons-nous faire reculer la culture de la corruption qui ronge la société haïtienne depuis l’Indépendance ? Comment se fera la gestion des complexes problèmes du système éducatif haïtien ? Mais par-dessus tout, il nous faudra négocier une date butoir de leur départ.

(à suivre)

Haitian Times

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The Haitian Times was founded in 1999 as a weekly English language newspaper based in Brooklyn, NY.The newspaper is widely regarded as the most authoritative voice for Haitian Diaspora.
Haitian Times
May. 05, 2012

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